Avant que l’été arrive et les vacances avec lui, le roman d’Isabel Allende nous apporte déjà un souffle d’exotisme et d’aventure. Comme toujours me direz-vous, et vous aurez raison. Si vous connaissez la romancière chilienne, vous retrouverez avec plaisir ses thèmes de prédilection : l’histoire d’une femme forte en prise avec le monde et emportée dans la tourmente de l’Histoire (avec sa grande hache). Une fois encore Isabel Allende montre sa capacité à concilier fiction et réalité historique en fournissant un travail de recherche titanesque.
La perle des Antilles
Mais, venons-en au fait. L’île sous la mer, c’est l’histoire de Zarité dite Tété, esclave noire employée dans une plantation de Saint Domingue à la fin du dix-huitième siècle. Évidemment, la date n’est pas choisie au hasard car les champs de canne à sucre ne seront pas épargnés par la Révolution. C’est donc à travers le regard de la jeune esclave que nous vivons la toute première révolte d’esclaves de l’Histoire. Car s’il est vrai que le personnage de Zarité est central, celui de "la perle des Antilles" ne l’est pas moins. Mêlant faits historiques et aventure romanesque, Isabel Allende nous amène au plus près de ceux qui, tels le célèbre Toussaint Louverture, ont forgé l’histoire de la future Haïti.

Si j’étais psycho-critique, ce que je ne suis pas, je dirais que la récurrence de certains motifs chez cet auteur est des plus intéressante. La focalisation de la romancière sur les "mythes" de création [1] ainsi que l’omniprésence des rapports de force dominant/dominé font de chaque nouveau roman une œuvre totale. Entre roman historique, roman d’amour, et conte philosophique, Isabel Allende parvient toujours à toucher son lecteur.
La femme est l’avenir de l’Homme
Ce qui ne peut passer inaperçu quand on lit Isabel Alliende, c’est le fait que tous ses personnages principaux sont des femmes (et pas n’importe lesquelles). Héroïnes extraordinaires et courageuses, en révolte contre le monde des hommes, elles portent le roman et marquent l’imaginaire à elles seules. C’est aussi le seul bémol que j’apporterai à ce nouveau roman. J’ai parfois eu des difficultés à m’identifier à Zarité, peut-être plus "taiseuse" et moins fantasque que les héroïnes habituelles d’Allende. Je dirais donc que L’île sous la mer est un bon roman mais qu’il ne donne pas le meilleur aperçu du talent de conteuse d’Allende. Si vous ne connaissez pas cet auteur, je vous conseille sans aucune hésitation de vous plonger dans la saga Fille du destin ou dans Ines de mon âme.


