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La Vie trop brève d’Edwin Mullhouse

Steven Millhauser. Le Livre de poche. 6,95 €

samedi 19 mars 2011, par Julie Menez

"La Vie trop brève d’Edwin Mullhouse" se présente comme la biographie d’un génie précoce de 11 ans par un autre génie, à peine plus âgé. Tarabiscoté ? Vous n’avez encore rien lu.

Steven Millhauser n’a que 29 ans lorsqu’il publie, en 1972, La Vie trop brève d’Edwin Mullhouse, écrivain américain, 1943-1954, racontée par Jeffrey Cartwright. L’avant-propos de ce surprenant roman, signé par un pseudo spécialiste, introduit une biographie géniale, celle d’un écrivain précoce de 11 ans, Edwin Mullhouse, rédigée par un non moins précoce et talentueux biographe d’environ 12 ans, Jeffrey Cartwright. Avec ce premier roman, Millhauser a frappé fort, remportant le prix Médicis étranger, en 1975. Mais qu’a donc de particulier ce roman, principalement centré sur la relation de deux petits voisins, Edwin et Jeffrey ?

La normalité est relative

D’abord, Edwin et Jeffrey ne sont pas des gamins ordinaires. Jeffrey se targue d’avoir une mémoire exceptionnelle et, à lire les épisodes de la toute première jeunesse d’Edwin, dont il est l’observateur privilégié, on est forcé de reconnaître qu’il ne se vante pas. Edwin, lui, va se jeter corps et âme dans la rédaction de ce qui sera son seul et unique roman, son chef-d’oeuvre.

Jeffrey n’a que 6 mois lorsqu’il est présenté au bébé nouveau-né des voisins, Edwin, et il garde de la scène un souvenir total. Il en ira de même pour tous les moments qu’ils partageront, jusqu’à la mort d’Edwin, alors âgé de 11 ans. Dans l’ombre de son étrangement charismatique ami, chez qui il est toujours fourré, Jeffrey note et mémorise tout. Traduit les moindres intentions d’Edwin. Fixe scrupuleusement les plus petits détails, de ses premières lectures à ses appréciations scolaires. S’inquiète, voire jalouse, les drôles de personnalités dont s’entiche son ami : un créatif obsessionnel, une petite fille blonde déséquilibré, un bagarreur instable... La normalité est relative dans l’univers d’Edwin et Jeffrey. La réalité est déformée ou factice et le plus sain d’esprit n’est pas forcément celui qu’on croit.

Badaboum !

En plus, évidemment, de faire réfléchir sur les problématiques inhérentes aux œuvres biographiques, ce roman dégage une certaine séduction, un parfum d’onirisme. On oscille entre des épisodes nostalgiques d’enfance et des contes cruels. On se laisse gentiment bercer par les histoires et les anecdotes que nous narre Jeffrey. Le lecteur finit par s’attacher à Edwin, ce drôle de petit gars maladif, sourit à ses excentricités et trépigne de découvrir de quoi parle son fameux roman, Cartoons, déjà appâté par l’avant-propos... On en vient presque à oublier que la fin d’Edwin est proche et, quand elle survient, le livre nous en tomberait presque des mains.

La Vie trop brève... est en fait pétrie d’ambiguité, son atmosphère est comme viciée. Entre scènes stylisées et personnages entourés de surnaturel et enfance heureuse et vie quotidienne d’une famille. Ce drôle d’univers tient pourtant la route, jusqu’au « Badaboum ! » final : la mort de l’auteur de Cartoons et l’irruption de la vraie folie dans la finalement innocente doux-dinguerie d’Edwin. Choquant.

MàJ : livre reçu et lu en partenariat avec Le Livre de poche et Blog-o-Book. Voilà, oubli réparé  !

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