Comme le héros de son précédent roman (Incidences), le personnage principal de Vengeances est un homme d’une cinquantaine d’années appelé Marc. Et comme dans tous ses autres romans, c’est un "loser magnifique" [1], un type blessé, grillé, dévasté, qui essaie de vivre sa vie du mieux possible. Seulement voilà, comme souvent chez Djian, la rencontre d’une jolie jeune fille va tout chambouler.
Alors, vous me direz, quel est l’intérêt de cette nouvelle variation sur les thèmes privilégiés de l’auteur ? Eh bien, c’est le plaisir de retrouver cet auteur unique qui dépeint les vicissitudes de la société avec un style inimitable. En effet, comme toujours on est séduit par la voix de Djian, si particulière et si touchante que Frédéric Beigbeder en fait le parrain de sa génération dans sa dernière chronique [2]. Maniant avec dextérité les variations d’instance narrative et les imparfaits du subjonctif, Djian nous épate encore une fois.
Un roman qui tourne un peu court...
Admiratrice inconditionnelle de Philippe Djian (vous l’aurez compris), je dois faire un effort pour rester objective, c’est pourquoi il me faut tout de même admettre que j’ai été un petit peu déçue par ce dernier roman. Ces 193 pages se dévorent trop vite et la fin a un goût de trop peu. Appâté par le style de l’auteur et l’histoire qui se présente comme une sorte de polar, le lecteur est surpris par cette fin déceptive. L’auteur ne nous livre pas de réponses et nous laisse nous faire notre propre interprétation des choses. J’attendais ce livre avec impatience mais malgré le papier bouffant, les gros caractères et les sept pages blanches finales, sa brièveté m’a déçue. Cependant, n’allez pas en conclure que ce roman est mauvais, car c’est toujours un plaisir de lire Djian !
J’en veux pour preuve cet incipit (tellement Djian !) :
“Les plus atteints étaient les plus jeunes, sans nul doute, ceux qui avaient une vingtaine d’années. Environ. Il suffisait de les regarder.
Je l’avais réellement compris lors d’une petite réception chez nos voisins, quelques jours avant Noël. Lorsque mon fils de dix-huit ans, Alexandre, avait médusé, puis terrifié l’assistance en se tirant froidement une balle dans la tête.”


