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Vengeances

Philippe Djian, gallimard, 17€ 50, 193 pages.

lundi 4 juillet 2011, par Lauriane

Comme le héros de son précédent roman (Incidences), le personnage principal de Vengeances est un homme d’une cinquantaine d’années appelé Marc. Et comme dans tous ses autres romans, c’est un "loser magnifique" [1], un type blessé, grillé, dévasté, qui essaie de vivre sa vie du mieux possible. Seulement voilà, comme souvent chez Djian, la rencontre d’une jolie jeune fille va tout chambouler.

Alors, vous me direz, quel est l’intérêt de cette nouvelle variation sur les thèmes privilégiés de l’auteur ? Eh bien, c’est le plaisir de retrouver cet auteur unique qui dépeint les vicissitudes de la société avec un style inimitable. En effet, comme toujours on est séduit par la voix de Djian, si particulière et si touchante que Frédéric Beigbeder en fait le parrain de sa génération dans sa dernière chronique [2]. Maniant avec dextérité les variations d’instance narrative et les imparfaits du subjonctif, Djian nous épate encore une fois.

Un roman qui tourne un peu court...

Admiratrice inconditionnelle de Philippe Djian (vous l’aurez compris), je dois faire un effort pour rester objective, c’est pourquoi il me faut tout de même admettre que j’ai été un petit peu déçue par ce dernier roman. Ces 193 pages se dévorent trop vite et la fin a un goût de trop peu. Appâté par le style de l’auteur et l’histoire qui se présente comme une sorte de polar, le lecteur est surpris par cette fin déceptive. L’auteur ne nous livre pas de réponses et nous laisse nous faire notre propre interprétation des choses. J’attendais ce livre avec impatience mais malgré le papier bouffant, les gros caractères et les sept pages blanches finales, sa brièveté m’a déçue. Cependant, n’allez pas en conclure que ce roman est mauvais, car c’est toujours un plaisir de lire Djian !

J’en veux pour preuve cet incipit (tellement Djian !) :

“Les plus atteints étaient les plus jeunes, sans nul doute, ceux qui avaient une vingtaine d’années. Environ. Il suffisait de les regarder.

Je l’avais réellement compris lors d’une petite réception chez nos voisins, quelques jours avant Noël. Lorsque mon fils de dix-huit ans, Alexandre, avait médusé, puis terrifié l’assistance en se tirant froidement une balle dans la tête.”

Notes

[1] L’expression est de Frédéric Beigbeder.

[2] voir "Les enfants de Djian" dans le numéro 397 de Lire (juillet-aout)

2 Messages de forum

  • Bof 20 juillet 2011 14:22, par www.essaipat.wordpress.com

    Bon, perso, j’aime pas Djian. Et pourtant j’essaie ! C’est qu’autour de moi, les fans sont nombreux. Alors je me dis qu’il y a quelque chose, sans doute, que je ne comprends pas. Oui, mais voilà...
    Pour tout dire, "Vengeances" me tombe des mains à la moindre occasion.
    "Tout allait tellement mal, en général, que même un gros embouteillage finissait par être acceptable au regard de la souffrance du monde - qui retournait à l’état sauvage, quelquefois."
    J’en suis là et j’hésite entre rire franchement (sans blague, non mais quelle révélation !), ricaner ou pleurer.
    Bref, j’aime pas. Je trouve qu’il écrit mal de surcroît, mais bon, il paraît que ça fait "staiiiiile", alors...
    Tant pis, j’essaie. Peut-être que c’est comme les brocolis, à force de goûter, on s’habitue ;)

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    • Bof 20 juillet 2011 16:19, par Lauriane Le Roch

      Ah ah, voilà un avis intéressant. C’est typiquement le genre de réactions que provoque Djian chez les lecteurs : un amour inconditionnel ou une franche aversion ! Ce type de grand écart est aussi, selon moi, ce qui distingue les grands auteurs des autres, ceux qu’on oublie sitôt tournée la dernière page.
      En revanche, je pense qu’il ne faut pas s’acharner à lire un auteur qui nous déplait, c’est dommage, il y a trop de bons livres dans les librairies !

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